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Les Faouëtais à l'étranger, Sto Camio

Sto Camio

Thaïlande

Lettre écrite par Sto Camio pour les fêtes de Noël et du premier de l'an. Sto Camio est missionnaire catholique en Thaïlande à la frontière du Laos.


Chers parents et amis,

Heureusement qu'il y a les fêtes de Noël et du premier de l'an pour me faire prendre « la plume » ! Comme beaucoup, j'ai pris l'habitude de n'envoyer que des e-mail... Mais évidemment ceux qui ne possèdent pas encore ce moyen rapide de communication sont, je l'avoue, un peu négligés. J'écris de moins en moins de lettres.
Dans la paroisse, cette année qui s'achève a été marquée par la restauration de l'église en bois, vieille de plus de 60 ans. C'est un église sur pilotis de ciment qui, pour beaucoup d'entre eux , se trouvaient en mauvais état et branlants; le toit de tôle commençait à ressembler à de la crêpe dentelle ! Cependant en y regardant de plus près, le plancher, et les colonnes étaient en très bon état, en bois trop dur pour que les ermites s'y mettent. Bien sûr, les gens désiraient une église neuve. Cependant l'état des finances de la paroisse ne permettait pas de trop rêver... Avec 10.000 euros en caisse, comment faire une église en dur qui coûte dans les 200.000 ? Ave l'accord de l'évêque et du Conseil paroissial j'ai opté pour une rénovation de l'église, toujours en bois : les pilotis ont été refait en béton, la charpente en bois a été remplacée par une charpente métallique, 2 petites ailes ont été ajoutées et le corps de l'église a été agrandi de 4 m en utilisant les bois de l'ancienne charpente. Le président du Conseil paroissial, petit entrepreneur de son métier, a fait fonction de maître d'œuvre et les compétences locales du village ( menuisiers, charpentier, soudeurs) ont été très heureuses d'être embauchées. On y a ajouté un plafond, refait l'autel et acheté un très beau bois local, anti-termites en plus ,pour refaire la façade.... et le résultat est, de l'avis de tous, du plus bel effet. Le tout pour la somme de 20.000 euros, main d'œuvre comprise. Les gens sont très fiers de ce qui est en fait le résultat de leur travail et de leur savoir faire. Cette église sera pendant encore quelques dizaines d'années un des rares témoins de ces églises de « première génération » qui utilisaient le bois de la forêt environnante comme matériaux de construction.
J'ai encore une petite communauté – 7 familles - à 100 km de ma base qui construit un lieu de prière beaucoup plus rustique. Ils coupent le bois dans la forêt et je les aide pour le reste : porte, fenêtres et toit. L'inauguration est prévue pour le mois d'avril-mai.
Sur le plan politique, le pays a connu une année plutôt agitée. L'histoire remonte au coup d'état de septembre 2006 pour évincer Thaksin premier ministre et homme fort de l'époque. Celui-ci avait réussi à concentré entre ses mains le pouvoir économique, politique ( exécutif et législatif) et s'apprêtait par le jeu des nominations et mutations au sein de l'armée à mettre la main sur celle-ci. - pièce maîtresse et arbitre du jeu politique dans le pays. L'élite de Bangkok, de fait marginalisée, l'armée et, semble-t-il, des milieux proche de la royauté en ont pris ombrage et déclenché le coup d'état. Thaksin n'était pas un enfant de chœur et savait se servir au passage, mais il faut reconnaître son dynamisme qui a permis à la Thaïlande de surmonter la crise financière asiatique de 1997, localement aussi grave que l'actuelle crise au Etats-Unis ou en Europe, et de faire au pays reprendre sa croissance. Il a surtout été le premier – et le seul – à se pencher sur le problème des campagnes et à tenter d'intégrer les paysans au développement du pays, ce qui, évidemment, lui a valu un immense soutien des masses rurales.
Si Bangkok a accueilli le coup d'état avec des fleurs, la campagne s'est tue et attendait son heure. Après un de gouvernement «civil» de façade ( un général à la retraite-donc officiellement un« civil »- la nouvelle constitution a été soumise au référendum. Les militaires espéraient son approbation par au moins 70% des votants, ils obtinrent un maigre 54%. Pour eux ce résultat fut considéré comme un échec. Pire encore, et revanche des masses rurales, lors des élections législatives qui ont suivi, l'ancien parti de Thaksin, sous une autre appellation, raflait la majorité des sièges, majorité confortée par l'adhésion de petits partis qui, eux aussi, étaient des avatars du parti de Thaksin. En bref le coup d'état s'achevait sur un d'échec et un constat de la division de la société thaïlandaise en pro et anti-Thaksin.
Dépitée, l'opposition au gouvernement sorti des urnes, mais illégitime à leurs yeux car « résultat de votes achetés », a alors porté le combat sur le plan judiciaire: innombrables procès intentés à Thaksin pour corruption – seul corrompu du pays ? - et à la coalition au pouvoir pour achat de votes, et dans la rue : occupation d'un pont, puis du palais du gouvernement qui s'était réfugié dans l'ancien aéroport international, échec de la prise des bâtiments du parlement. Puis l'opposition a fait monté les enjeux en squattant les deux aéroports de Bangkok, gérant par la même une grave crise dans un pays où le tourisme est une source de revenu importante. Leur stratégie était claire : il fallait paralyser les institutions et le pays pour faire tomber ce gouvernement qu'elle rejetait .Les forces qui ont soutenu le coup d'état poursuivaient leurs fins par d'autres moyens et par des civils interposés. De telles occupations qui se sont perpétuées pendant près de 6 mois auraient été considérées inadmissibles même dans les pays démocratiques et auraient entraîné de vives réactions de la part des forces de l'ordre.
Le fait est que la police (sauf dans le cas de la tentative d'occupation du parlement) et l'armée ont refusé d'intervenir par la force « contre des civils désarmés qui exerçaient leur droit légitime en s'opposant au pouvoir en place» et ont refusé d'exécuter les ordres du gouvernement. Le général président du Conseil Privé du roi n'avait-il pas affirmé en 2006 que l'armée était l'armée du roi et n'était pas à la botte de quelque gouvernement qui soit ? Connivence ???
Curieusement c'est la justice - et non la rue-quoiqu'on en dise - qui a eu raison des deux premiers ministres de la mouture 2008 .Le premier est tombé à cause d'une banale émission de TV: il y présentait depuis des années une émission culinaire... mais il recevait aussi un cachet pour cette émission : incompatible avec ses fonctions gouvernementales et inconstitutionnel, a déclaré la justice. Le second est tombé parce que quelques membres du comité exécutif du parti auraient acheté des votes. D'après la constitution concoctée par les militaires, ceci entraîne automatiquement la dissolution du parti si l'accusation est prouvée.
Il reste à souhaiter bon vent au nouveau premier ministre issu de l'opposition parlementaire minoritaire. Il a réussi à coopter – au prix de quels compromis ou compromissions ? - une trentaine de députés de de l'ancien parti au pouvoir qui a été dissout. Il a pour lui les élites de Bangkok, l'armée,certains milieux proches du palais, et tout un courant qui pense que les masses rurales ne sont pas mûres pour la démocratie... pour cause d'achat de votes qui est pourtant une coutume aussi vieille que la démocratie dans ce pays. Ces événements doivent vous sembler bien étrangers à vos préoccupations habituelles, mais ils sont le tissu de la vie ici... avec une année qui s 'annonce difficile pour le peuple thaïlandais.
Noël, c'est la fête de la naissance de Jésus « l'Emmanuel » : Dieu avec nous, Dieu parmi nous. Que cette certitude s'ancre dans nos cœurs. Qu'elle y soit source de joie et nous permette aussi de surmonter toutes les difficultés que ne manquera pas de nous réserver notre vie de tous les jours.

Bon Noël et Bonne année 2009 à tous et à toutes.

Sto.

 

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